Roland Tefnin 1945-2006

Photo © Ariane Vaneigem-Tefnin
In Memoriam
À la fin du mois de juillet 2006, nous apprenions la triste nouvelle du décès de Roland Tefnin, directeur de la Mission archéologique dans la nécropole thébaine. Les membres de la mission s’associent à moi pour exprimer leur peine et leur désarroi face à la perte d’un chercheur d’exception, à la fois passionné et passionnant, mais surtout d’un collègue et d’un ami à la personnalité hors du commun.
Né en avril 1945, il poursuivra une double formation en Philologie Classique puis en Histoire de l’art et archéologie à l’Université Libre de Bruxelles, avant d’y devenir assistant à temps plein en 1966. Huit ans plus tard, il devient le jeune titulaire de la chaire d’Histoire de l’Art et Archéologie de l’Égypte et du Proche-Orient anciens qu’il occupait hier encore à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’ULB. C’est dire que son départ inopiné prive plus de quatre décennies d’étudiants d’un professeur et d’un maître inspiré qui parlait d’art avec enthousiasme et émotion, voire diraient d’aucuns “avec sensualité”, communicant sans réserve l’ardeur et l'élan qui étaient les siens.
Aguerri dans divers aspects de l’histoire et de l’histoire de l’art des civilisations antiques, il fut l’un des pionniers dans l’application d’une approche méthodologique structuraliste à l’image égyptienne ; une épistémologie influencée par les résultats de recherches similaires menées dans diverses branches des sciences humaines comme l’anthropologie, la linguistique, la psychanalyse et surtout la sémiologie, dont il deviendra un spécialiste.
Des publications telles que L'énigme des têtes dites “de remplacement”, «Image et histoire. À propos de l’usage documentaire de l’image égyptienne», «Les yeux et les oreilles du roi» —parmi bien d’autres— se caractérisent par des analyses originales et novatrices et se concluent par des théories audacieuses bouleversant bien souvent les postulats traditionnels. Ce type d'études s’inscrit dans une dimension de recherches que Roland Tefnin, notamment, a largement contribué à intégrer à l’arsenal méthodologique de l’égyptologie. Aujourd’hui, en effet, cette voie qui est reconnue à l’étranger sous l’appellation d’ “École de Bruxelles” étend désormais son influence sur l’ensemble du monde égyptologique.
Si Roland Tefnin s’était enflammé pour divers aspects de l’art égyptien, c’est sur l’exceptionnel corpus d’art pictural que constitue la nécropole thébaine qu’il portera ses dernières amours. En 1994, il organise un colloque international sur ce thème et crée le Centre Ouserhat pour la préservation de la peinture thébaine. Son but avoué : contribuer à sensibiliser le public savant et cultivé à l'immense danger qui menace ce qu'il tenait pour le plus grand “musée” de peinture antique au monde, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. En 1999, joignant le geste à la parole, il se lance dans l’étude, la sauvegarde et la préservation de deux des monuments de la nécropole : les tombes de Sennefer (TT 96) et d’Amenemopé (TT 29), deux hauts fonctionnaires apparentés de l’administration thébaine sous le règne d’Amenhotep II.
En parallèle, il menait depuis quelques années une étude socio-esthétique visant à rechercher, par voie comparative et typologique, les pratiques des peintres thébains, avec pour ultime objectif la mise en lumière du fonctionnement des ateliers d'artistes dans la nécropole. Cette étude demeure à ce jour inachevée et inédite.
Roland Tefnin était un érudit, un humaniste, un poète. Le 13 juillet dernier, il nous a quittés pour s’en aller rejoindre son Bel Occident…
(Cet hommage a été publié par V. Angenot dans Égypte, Afrique et Orient 45 (2007)).
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