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Post Doctorat Toronto


LE RENDU DES DONNÉES SPATIO-TEMPORELLES DANS L'IMAGERIE BIDIMENSIONNELLE ÉGYPTIENNE.


Cette recherche postdoctorale a pris cours en septembre 2005 pour une durée de 2 ans. Elle a été supervisé par Ronald J. Leprohon de l'Université de Toronto, département de Near and Middle Eastern Civilizations.
Ce projet a été soumis à un jury national canadien interuniversitaire. Il lui a été octroyé une note de 94,4% (28,3/30) et a conséquemment été soutenu par le financement du Conseil de Recherches en Sciences Humaines du Canada (CRSH / SSHRC).


• Objectif de la recherche postdoctorale

Le présent projet d'étude vise à approfondir les résultats méthodologiques obtenus lors de recherches que j'ai amorcées, d'une part, dans certains articles scientifiques, et d'autre part, dans un des chapitres de ma thèse de doctorat. Ces articles et ce chapitre portent sur les procédés d'agencement bidimensionnel, dans l'image égyptienne, des données temporelles de récits en séquences.
Lors de ces recherches, je me suis surtout attachée à relever le schéma de lecture déductible de la logique de succession temporelle des travaux agricoles, qui constituent —au sein des scènes envisagées— le thème le plus perméable à ce genre d'étude. En effet, parmi les sujets abordés dans les représentations funéraires égyptiennes, la thématique des travaux des champs est l'une des seules à exiger l'agencement, sur la paroi, de différentes étapes agricoles (topoi) en une succession narrative de type temporel. J'ai ainsi proposé le terme de vectorialité pour désigner le mouvement de lecture de l'image effectué par le regard sur la paroi en fonction d'un vecteur temporel, c'est à dire d'une {chrono}logique de succession des topoi.
Ces études ont livré des résultats intéressants, mais elles se heurtent à des cas qu'un tel paradigme ne peut entièrement expliquer. J'ai, actuellement, à peine abordé cette vaste problématique, cependant, certains éléments de cette recherche ouvrent la voie vers d'autres perspectives susceptibles de les résoudre.

• Méthode

Il s'agit, d'une part, d'envisager la possibilité que certains facteurs constituant des “causes perturbatrices” dans l'organisation chronologique des éléments en séquence aient pu intervenir, tels qu'un agencement à visée esthétique, la volonté de créer un parallélisme, un chiasme ou une alternance…; cette métrique comme organisation du réel existant en langue également. Il faudra, à ce stade, mettre en rapport la façon qu'ont les Égyptiens de connaître le monde et celle qu'ils ont de l'objectiver dans des formes signifiantes, susceptibles de servir de passerelles herméneutiques à des sens dérivés ou métaphoriques. Je pense également que prendre en compte d'éventuels rabattements, liés au code égyptien de l'organisation spatiale, au sein de la séquence chronologique pourrait abolir certaines de ces présumées anomalies. Je n'ai, jusqu'ici, envisagé les séquences qu'en me focalisant sur l'idée d'un vecteur temporel. Même si ce concept possède le plus haut degré de pertinence en ce qui concerne des scènes telles que les travaux agricoles, il n'est pas interdit de penser qu'une logique de type spatial ait prévalu à l'enchaînement des topoi, ce qui entraînerait ipso facto une perturbation de la séquence chronologique.
D'autre part, une étude approfondie des données tenant à la polymorphie des «temps» de l'Égypte ancienne (temps physique, temps cyclique, temps linéaire, temps religieux, …) et à la combinaison éventuelle du temps perspectif et du temps aspectif s'avère indispensable pour l'analyse de scènes rattachées à un contexte funéraire à visée métaphysique mais néanmoins (ou a fortiori) indissociables des cycles saisonniers régis par la nature (et ses divinités) et qu'il a fallu à l'artiste matérialiser dans un espace à deux dimensions.
Mon objectif final sera donc de rassembler et de théoriser toutes ces données et de construire à partir d'elles une problématique adéquate et heuristiquement puissante qui, outre son caractère novateur au sein de ma spécialisation, me paraît pertinente et prometteuse.

• Historiographie

Je n'ignore pas que, en dehors du domaine de l'égyptologie proprement dite, tant les anthropologues que les sémioticiens ou autres spécialistes de la narratologie se sont posé la question de la mise en récit de l'espace-temps. On connaît, parmi tant d'autres, les travaux de Paul Ricœur (Temps et récit) qui inspireront ma recherche. Je n'ignore pas non plus que les grands travaux d'histoire de l'art se sont constamment heurtés au problème du rendu spatial et séquentiel. Je compte à la fois interroger ces ouvrages et tirer parti des résultats qu'ils ont apportés chacun dans leur contexte. En effet, chaque époque s'est trouvée devant la contrainte de raconter —souvent en images— des évènements qu'elle a retranscrits en fonction de l'idéologie ou de l'épistémologie qui lui est propre à un moment donné. Les questions que se sont posées les historiens et historiens de l'art sur chaque époque pourront alors alimenter ma recherche sur ce matériau si fondateur que constituent les 2500 ans d'iconographie “classique” égyptienne (de l'Ancien au Nouvel Empire) et qui n'a guère encore été mis à profit dans cette perspective. Or, toute cette problématique sur le rapport monde empirique / espace à deux dimensions pourrait être éclairé par une connaissance plus approfondie de l'image égyptienne.