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"Herméneutique"
© COPYRIGHT CHRONIQUE D'ÉGYPTE LXXX (2005),
BRUXELLES, BELGIQUE

Pour une herméneutique de l'image égyptienne

Valérie ANGENOT



Il existe en littérature, un certain nombre de “genres” — religieux, comme la parabole ou folkloriques, comme le conte et la fable, par exemple — pour lesquels l'existence de niveaux herméneutiques, c'est-à-dire d'une succession de plans de signification, est essentielle et intrinsèque. Umberto Eco, dans L'Opera Aperta ne dénombre pas moins de quatre sens superposés caractérisant l'exégèse chrétienne, parmi lesquels figurent tout d'abord le sens premier ou littéral du récit — qui n'est jamais à négliger — ensuite un sens moral, puis un sens allégorique et enfin, un sens mystique ou anagogique.

En ce qui concerne les productions imagées bidimensionnelles, il ne fait pas de doute que l'œuvre d'un Pieter Ærtsen — pour choisir un artiste parmi tant d'autres — puisse être éclairée par l'interprétation des éléments symboliques qui y sont glissés et qui découvrent des sens dérivés surpassant la lecture première de ses “prétendues” natures mortes d'avant-plan, toujours prétextes à un propos mystique. Il apparaît presque naïf de le rappeler tant, dans ces domaines particuliers — littéraires ou picturaux — il est évident et automatique pour le lecteur de ne pas se limiter au premier plan de lecture, mais de le dépasser pour en saisir la signification profonde.

En ce qui concerne l'image égyptienne, de nombreux chercheurs ont depuis longtemps ouvert la voie vers le déchiffrement des sens dérivés dissimulés sous les symboles, jeux de mots et autres métaphores qu'elle recèle. Pourtant des études récentes tendent à montrer que de tels arguments ne font guère encore l'unanimité. Il est vrai que plus nous quittons le plan littéral pour déchiffrer des sens symboliques, c'est-à-dire plus nous développons la dimension herméneutique d'une recherche, plus la part de conjecture devient grande. En effet, s'il est possible de manière positive d'analyser les composantes de telle ou telle scène et d'en fournir le sens littéral, il devient beaucoup plus spéculatif d'envisager l'existence d'un message relevant d'un second — voire de plusieurs — degré(s) de lecture.

Pourtant, dans tout genre soumis à une herméneutique, il existe des caractéristiques communes susceptibles d'amener le lecteur au déchiffrement; mais qui, c'est certain, ne garantissent cependant en rien les résultats de l'interprétation qu'on en fera. Il m'a, dès lors, semblé intéressant de poser certains jalons visant à déterminer comment le passage d'un plan littéral à un plan symbolique s'orchestre et rend possible une interprétation dérivée.

Les règles par lesquelles s'opère le passage d'un sens premier à un ou plusieurs sens figurés dans les genres littéraires évoqués plus haut, présentent un intérêt fondamental, parce qu'elles permettent d'extrapoler certaines logiques cognitives susceptibles d'être appliquées à la pensée égyptienne au travers de ses artefacts, notamment certaines de ses productions funéraires.

C'est ainsi que j'ai envisagé la possibilité de transposer la démarche herméneutique qui régit une œuvre savante et fort peu naïve, telle qu'un conte de Charles Perrault, à un type de compositions maintes fois analysées en égyptologie: les scènes de chasse et pêche dans les marais.


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Sommaire — Articles, Égypte Pharaonique:

• «Une stèle funéraire démotique du Musée des Beaux-Arts de Lyon», par Damien Agut-Labordère.
• «Pour une herméneutique de l'image égyptienne», par Valérie Angenot.
• «Zu einigen Titeln in literarischen Werken des Mittleren Reiches», par Wolfram Grajetzki.
• «“Adversary HSryS(A)”: His Name and Deeds According to The Satrap Stela», par Ian A. Ladynin.
• «Le vizir Ânkh-Osorkon de la Troisième Période Intermédiaire (Paris, Musée Rodin, Co. 3386 et Le Caire, Musée Égyptien, JE 91300», par Guy Lodomez.
• «Un nouveau témoin des “Devoirs du vizir” dans la tombe d'Amenemopé (Thèbes, TT 29)», par Pierre Tallet.