Home arrow Thèse de doctorat
Thèse de doctorat
LA FORMULE ( "REGARDER") DANS LES TOMBRES PRIVÉES DE LA DIX-HUITIÈME DYNASTIE.
Approche sémiotique et herméneutique.

Ma thèse de doctorat a été soutenue en séance publique le 23 octobre 2003 à l'Université Libre de Bruxelles. Le jury était composé de Roland Tefnin (U.L.B., directeur), Hartwig Altenmüller (Universität Hamburg) - Michèle Broze (U.L.B.) - Thierry Lenain (U.L.B.) - Pascal Vernus (École Pratique Des Hautes Études, Paris). Il lui a été octroyé "la plus grande distinction" à l'unanimité avec une cotation de 95/100. Ce travail sera publié dans un prochain volume des Monumenta Ægyptiaca (Fondation Égyptologique Reine Élisabeth, Bruxelles), Série IMAGO.


• Problématique

La base de ce travail est l'étude des mécanismes de production de sens de l'image égyptienne, à travers l'analyse d'un type de scènes que l'on rencontre, de façon récurrente, sur les parois des tombes privées de l'Égypte Ancienne. Mon approche, qui relève notamment de la sémiologie, porte sur l'une des structures narratives et sémantiques les plus essentielles pour la compréhension du langage de l'image égyptienne: la formule , qui associe un sujet métaphysique et des réalités objectives dans une relation de contemplation, exprimée à la fois par le texte et par l'image.

Il s'agit donc, en un premier temps, de prendre l'ensemble du corpus pariétal marqué par la présence d'une formule , comme une sorte de formation discursive dont on va chercher à déterminer à la fois les récurrences, les marges de variation et le degré de variabilité.

Il faut pour cela, comme dans tout genre sémiotique, identifier les unités combinables, à la fois dans le texte et dans l'image, définir les règles de leur combinatoire syntagmatique, avec -dans chaque cas- leurs propres et leurs variables plus ou moins indépendantes, afin de déterminer si les relations qui les unissent sont d'ordre logique (temporel, causal, spatial, …) ou aléatoire.

Les combinaisons de base déterminées, on appellera rhétorique, au sens restreint, les figures de suppression, adjonction, permutation, parallélismes, chiasmes, effets d'(a)symétrie… qui procurent des sensations esthétiques ou révèlent, éventuellement, des effets de sens connotatifs susceptibles de mettre en valeur un paradigme culturel ou l'existence de strates herméneutiques, par exemple.

Toutefois, plus nous quittons le plan littéral pour déchiffrer des sens symboliques, c'est-à-dire plus nous développons la dimension herméneutique de cette recherche, plus la part de conjecture devient grande. En effet, s'il est possible de manière positive d'identifier des unités, s'il est permis, en raison des récurrences, de dégager quelques règles de juxtaposition ou de composition de ces unités en série, il devient beaucoup plus spéculatif d'envisager l'existence d'un message relevant d'un second degré de lecture. Nous verrons si le concepteur de la paroi n'y a pas semé des indices nous permettant d'accéder à ce sens supérieur.

Il s'agit ensuite, à partir de la classification des formules , de leurs règles syntagmatiques, des variations rhétoriques et de leur éventuelle valeur herméneutique, de saisir leur sens profond et leur raison d'être; de comprendre pourquoi les Égyptiens en ont fait, pendant plus d'un millénaire, le prototype de base des représentations funéraires, la structure qui unit en son sein des domaines aussi hétéroclites que la chasse au boomerang, l'inspection des fournitures du palais et le banquet funéraire, parmi tant d'autres.

En nous appuyant sur leur analyse structurelle, sur les éventuelles variations textuelles, mais aussi sur la signification socioculturelle du regard en Égypte Ancienne, nous pourrons peut-être, à la lumière de leur signification ontologique, entrevoir les raisons de leur disparition.

Ceci ne pourra pas se faire sans aborder les structures de même nature qui côtoient les formules au sein du microcosme fonctionnel que constitue la sépulture égyptienne. À la dix-huitième dynastie, la formule a tendance à s'émanciper de son modèle Ancien Empire et à se faire concurrencer par toutes sortes de variantes paradigmatiques. Ces changements sont surtout perceptibles dans le texte hiéroglyphique de la formule éponyme, l'image variant relativement peu. Il me paraît évident que l'étude de ces versions parallèles peut apporter une lumière nouvelle sur l'usage de telles structures à l'époque envisagée.

Les variantes paradigmatiques ne constituent cependant pas la matière de base de ce travail. Elles ne feront l'objet que d'une recherche superficielle et non exhaustive que j'espère néanmoins très porteuse. Elles se présentent, dès lors, comme une perspective de recherche s'inscrivant dans le sillage de cette étude.

En résumé, il s'agit donc de 1) rassembler un corpus, le plus exhaustif possible, de parois à formules , 2) en établir un catalogue, classifié en fonction des thématiques abordées (taxinomie), 3) dresser une typologie des éléments qui composent l'image (topique) et parallèlement analyser le contenu du texte de la formule hiéroglyphique, 4) dégager la valeur signifiante de ces éléments, le langage de l'image (sémiotique), 5) déduire les règles de leur association à partir des exemples préservés, la construction physique et métaphysique des parois (cfr les vectorialités) (syntagmatique), 6) relever les caractères formels et plastiques qui sous-tendent leur arrangement (rhétorique), 7) replacer les scènes au sein du microcosme-tombe, c'est-à-dire déterminer leur positionnement réel et relatif, 8) analyser les variantes paradigmatiques, 9) envisager la possibilité que des éléments relevant des étapes précitées puissent manifester la présence de plusieurs niveaux de signification (herméneutique), 10) confronter les résultats obtenus à chacune des étapes de la recherche, afin d'en retirer un maximum d'informations sur la mentalité, les conceptions funéraires et la place du regard dans l'Égypte Ancienne.




Le schéma compositionnel maximal (structure syntagmatique) de la scène funéraire récurrente des chasse et pêche dans les marais, basé sur l’analyse de 19 tombes thébaines datant du Nouvel Empire. Une formule aux racines iconographiques royales présentant de nombreux niveaux herméneutiques.